jeudi 31 mai 2012

Kitchen - Banana Yoshimoto


Kitchen - Banana Yoshimoto

Kitchen
Banana Yoshimoto

Que faire à vingt ans, après la mort d'une grand-mère, quand on se retrouve sans famille et qu'on aime les cuisines plus que tout au monde ? Se pelotonner contre le frigo, chercher dans son ronronnement un prélude au sommeil, un remède à la solitude. Cette vie semi-végétative de Mikage, l'héroïne de Kitchen, est un jour troublée par un garçon, Yûichi Tanabe, qui l'invite à partager l'appartement où il loge avec sa mère. Mikage s'installe donc en parasite chez les Tanabe : tombée instantanément amoureuse de leur magnifique cuisine, elle est aussi séduite par Eriko, la « mère » de Yûichi Eriko, personnage ambigu et pur, transsexuel à la beauté éblouissante, qui, traversant le récit comme un soleil éphémère, va bientôt mourir à son tour de mort violente... Banana Yoshimoto révèle dans Kitchen, à travers une sorte de « minimalisme flou », une sensibilité nourrie de paradoxes, une sensibilité dans laquelle toute une génération de jeunes Japonais s'est reconnue.


Ce livre est constitué de deux courts romans autour du thème de la reconstruction après la mort d'un être cher : Kitchen et Moonlight Shadow.

La première histoire a pour titre "Kitchen" et donne son titre au livre. Nous y suivons les pas de Mikage, une jeune fille confrontée au décès de sa grand-mère. Mikage qui avait déjà perdu ses parents et son grand père se retrouve sans famille. Seule et désorientée, elle perd pied. Yûichi Tanabe, un jeune homme timide qui s'était lié d'amitié avec sa grand-mère, va alors l'inviter à vivre chez lui. Auprès de Yûichi et de sa "mère", Mikage va retrouver graduellement goût à la vie. 

"La chance, la malchance, c'est sûr que ça existe, mais c'est trop facile de s'y abandonner. Et ce n'est pas parce qu'on y croit que les choses sont moins pénibles. Une fois que j'avais compris cela, j'étais devenue lâchement adulte, presque capable de vivre à la fois le quotidien et les coups durs, ce qui, en un sens, m'avait rendu l'existence plus facile."

Sous la plume délicate de l'auteur, nous suivons le cheminement psychologique de notre héroïne. D'abord perdue, celle-ci va se raccrocher à sa passion pour la cuisine qui va avoir une part importante dans sa reconstruction. J'ai trouvé dans ce roman bien des similitudes avec ma propre expérience du deuil. Bien que chacun réagisse différemment, je me suis par moment retrouvé en Mikage. Son besoin de s'isoler dans ses pensées mais également l'utilisation d'une activité "minutieuse" pour revenir à la réalité m'ont rappelé une expérience pas si lointaine.


"Je crois que j'aime les cuisines plus que tout autre endroit au monde. [...] Quand je suis épuisée, je songe avec enchantement qu'au moment où la mort viendra, j'aimerais pousser mon dernier soupir dans une cuisine. Seule dans le froid, ou au chaud auprès de quelqu'un, je voudrais affronter cet instant sans trembler. Dans une cuisine ce serait idéal."

J'ai également trouvé très intéressante la partie retraçant les difficultés qu'éprouvent les personnages à se donner le droit d'aimer de nouveau. La souffrance d'avoir perdu des êtres aimés les enferme dans une solitude qui leur est difficile de briser. On les comprend, on souffre avec eux.

Le deuxième texte est assez proche du premier et aborde les même thèmes sans toutefois être aussi réussi.

Au final, ce livre me semble très intéressant mais, mon propre deuil étant trop récent, il m'a été difficile d'en lire plus de quelques pages par jour. De ce fait, j'ai perdu une partie du plaisir de ma lecture, d'où ma note. Mais je vous conseille tout de même ce livre.

Note : 7/10



12 commentaires:

  1. J'ai beaucoup aimé les 2-3 bouquins de Banana Yoshimoto lus il y a une dizaine d'années, dont celui-là et "Lézard". Mais je ne crois pas en avoir vu paraître d'autres depuis, je m'interrogeais justement à ce sujet la semaine dernière...

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    1. Sa dernière oeuvre traduite (en anglais) semble être "The Lake" en 2005.
      Elle n'a probablement pas eu trop de temps depuis la naissance de son fils en 2003 ;-)

      http://en.wikipedia.org/wiki/Banana_Yoshimoto

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  2. A l'inverse, j'ai préféré "Moonlight shadow" à "Kitchen", mais sans doute pour le côté un peu ésotérique et onirique, alors que "Kitchen" est quand même assez barré.
    Yoshimoto Banana est assez peu traduite (en français et en anglais), mais je crois que c'est dû au fait qu'elle publie essentiellement des nouvelles. Elle a un blog en anglais.

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    1. Oui, Kitchen est assez barré mais c'est aussi un livre très juste ;-)

      Pour Yoshimoto, j'ai cru lire aussi que ses derniers écrits étaient essentiellement sur son blog. Je ne la relirais pas dans l’immédiat car le sujet est trop sensible.

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  3. Olivier, tes derniers articles ont été ajoutés au challenge.
    Bonne fin de semaine.

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    1. Merci et bonne fin de semaine à toi aussi

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  4. Oh en voici un qui me plairait. J'ai lu un livre de Yoshimoto mais j'ai oublié le titre, cela fait longtemps. Il était question d'un écrivain japonais qui se suicide. Lorsque d'autres veulent traduire son oeuvre ils meurent avant d'avoir eu le temps de lire la 98° nouvelle. Je me souviens avoir aimé l'ambiance créée par la narratrice... c'était sympa. Ton billet et la sensibilité qui en émane me donne envie de lire celui ci

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    1. ça m’étonne pas ;-)
      Pour ma part, je me lance dans un doctor who car j'ai besoin d'un truc plus léger.

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  5. Je comprends ta difficulté à lire la première nouvelle, quand une histoire se confond avec les éléments de notre propre vie ce n'est pas facile de poursuivre sa lecture. Je n'ai jamais lu cet auteur japonais, une occasion de le découvrir pendant mes vacances.

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    1. Bientôt les vacances ? ;-)
      Tu as prévu ta mâle de livres ?

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  6. j'ai lu ce livre il y a plusieurs années. Par contre, je suis allée le poser sur un comptoir libre service dans ma ville ( échanges/dons de livres entre particuliers ) il y a un peu plus de deux semaines : synchronicité de tomber sur votre critique via hellocoton ;)

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    1. Le hasard fait bien les choses.
      Il m'est arrivé sensiblement la même chose dernièrement avec un livre de Michel Honaker ;)

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